Kaaris dans Braqueurs : “le cinéma, c’est une question de musicalité et de rythme”

A l’occasion de la sortie de Braqueurs, AlloCiné a pu rencontrer le rappeur Kaaris, qui trouve là son premier rôle d’importance au cinéma. L’occasion pour lui de nous parler de ses expériences de spectateur.

A l’occasion de la sortie de Braqueurs et de sa présentation au festival international du film policier de Beaune, AlloCiné a pu rencontrer Kaaris. Rappeur français et désormais comédien, ce grand gaillard sympathique et souriant s’est confié sans fausse note et avec sincérité sur son expérience de tournage et sur ses goûts de spectateurs.

 

A part une petite apparition dans “Fast Life” de Thomas N’Gijol, “Braqueurs” est ton premier film de fiction. Est-ce que tu t’es senti à l’aise ?

Pas du tout ! Le premier jour de lecture du scénario, j’avais des auréoles énormes… C’était plus de pression pour moi que de monter sur scène au Zénith ! C’est un exercice que je ne connais pas, et je découvrais la chose. Et franchement, ils m’ont mis à l’aise. Sami [Bouajila, NdlR] pourrait être prof d’art dramatique, il a une manière d’expliquer très douce, il m’a mis en confiance. Et après, je suis rentré dans le jeu.

C’était aussi ta première fois sur un plateau…

Oui, et c’est très différent de la musique. Il y a beaucoup d’attente, mais c’est un exercice que j’aime.(…) Au départ, j’avais beaucoup d’appréhension sur comment trouver le ton juste, je ne savais pas comment donner la réplique. Sauf que tout ça c’est une question de musicalité, de rythme, et ça les gens ne le savent peut-être pas. Le fait d’avoir fait de la musique et de la danse m’a peut-être servi.

Fastlife – EXTRAIT "Studio Kaaris"

 

Comment as-tu eu cette proposition ? Par le réalisateur Julien Leclercq ?

Oui, à la base, il m’a contacté pour un clip de mon deuxième album, Le Bruit de mon âme. Il avait envie de tourner un clip rap, et il a vu comment je bougeais, il a trouvé ça intéressant, et il m’a dit “j’aurais peut-être un truc pour toi”. Et voilà, c’est comme ça que ça s’est fait.

De quoi t’es-tu inspiré pour jouer le personnage de Salif ?

Il y a des acteurs qui rajoutent des choses, mais moi les fringues que je porte et le texte que je dis : tout vient de Julien. Il a tout imaginé. Même le “j’m’en bats les couilles”, qui est une de mes répliques préférées, il l’a mise dans le film. Bon après, c’est peut-être un clin d’œil parce qu’il a écouté mes sons avant, mais ce n’est pas moi qui ai dit “viens, on met ça dedans”.

Et ceux qui te connaissent bien vont apprécier…

Oui, ils vont apprécier la figure de style ! (rires)

Toi qui connaît ce milieu, est-ce qu’il y a un rappeur que tu as apprécié de voir faire l’acteur ?

Je crois qu’on est tous en admiration devant des Will Smith, Ice Cube ou Jamie Foxx. Il y a aussi Joey Starr qui a fait ça un peu plus tard que moi, je les apprécie tous, ils font du bon boulot.

Quel est pour toi le film le plus juste sur le rap ?

Je ne connais pas assez le cinéma d’avant les années 2000, mais de ce que j’ai vu comme ça je dirais 8 Mile. Pour moi,  c’est même meilleur que le film sur 50 Cent [Réussir ou mourir, NdlR]. 8 Mile m’a vraiment marqué, Eminem était le patron à l’époque, et son film est arrivé au bon moment. C’était super bien tourné, c’était un acteur de fou, et il a bien tenu le truc.

Est-ce que tu penses qu’un biopic sur un rappeur français pourrait marcher ?

Je pense pas. A moins qu’il ait une histoire de fou, qu’il meure, tu vois ce que je veux dire ?

Oui, qu’il ait un destin…

Moi, j’ai un destin ! (rires). Nan, mais c’est surtout que la musique rap est un phénomène populaire aux Etats-Unis. Tu peux être à un feu à New York, et qu’un vieux de 60 ans soit en train d’écouter du rap très dur. En France, c’est pas possible. Donc ce n’est pas la même culture à la base. Donc un biopic sur quelqu’un qui fait de la “variète” comme Claude François ça marche plus, ou sur Annie Cordy ! (rires)

Et en tant que spectateur, quel est ton premier souvenir ?

Le premier film qui m’a marqué, parce que j’étais tout petit et que j’avais fraudé le cinéma pour entrer –et je fraude encore d’ailleurs (rires), c’est Retour vers le Futur. A l’époque, j’habitais à Taverny dans le Val d’Oise, et mon frère connaissait quelqu’un dans le cinéma qui nous a fait passer par derrière. Et on s’est assis par terre, et on a vu le film qui a marqué toute une génération.

Est-ce que tu as un film culte ?

Brian De Palma et son Scarface. Lui aussi a marqué toute une génération. C’est le film que je peux voir et revoir. Mais il y en a d’autres, les gens ne le savent pas parce que je fais de la musique, mais (…) je regarde beaucoup, beaucoup de films et tous les films. Même les mauvais, ceux qui ont une étoile sur ta box, tu sais ? (rires) Je regarde en fonction des étoiles, en commençant par ceux qui en ont le plus, jusqu’à ceux qui n’en ont qu’une !

La comédie qui te fait marrer ?

Ça peut être une série ?

Bien sûr !

Parks and Recreation. Je pense qu’il y a des gens que ça n’amuse pas, mais moi ça me fait marrer. Quand ils regardent la caméra, je trouve ça super ! Les acteurs sont tous bons, je trouve ça génial !

Un acteur culte ?

Elle est compliquée ta question. Je me lance, je vais dire DiCaprio. Mais j’aurais pu citer Denzel [Washington] ou Idris Elba : en garder qu’un c’est trop dur. Et si je veux dire un français, je dirais Benoît Magimel, je l’aime bien. S’il était aux States, il aurait une autre carrière. Le mec est super.

Une actrice ?

J’aime bien l’actrice de Sicario, Emily Blunt, je l’aime bien.

Un film qui te fait pleurer ?

J’ai jamais pleuré devant un film, mais y a un film porno où j’ai trouvé les actrices tellement sincères que j’ai failli verser une larme…

Mais nan, j’rigole ! Non, j’aime bien In the Mood for Love ou Le Voyage de Chihiro.  Ça me touche beaucoup, j’écoute la BO régulièrement. Ça fait planer, ça fait voyager. Et le film est une dinguerie !

Le film qui t’a fait le plus peur ?

Amityville. Mais attention attention, car j’ai un film qui m’a fait peur dont je ne me rappellerais jamais du nom. C’était une araignée géante qui arrivait dans la ville, dans les années fin 80. Ma mère voulait pas que je le regarde. Et La Mouche aussi, ça m’a fait très très très peur.

Un réalisateur avec qui tu voudrais tourner ?

J’aimerais bien tourner avec Fabrice Eboué. Après dans les rôles que j’aurais aimé tourner, y a celui de Marlo dans The Wire… Comme tout le monde ! (rires).

Tu as dit toute à l’heure que tu regardais aussi des mauvais films, tu peux en citer un ?

C’était un film d’horreur, avec des effets spéciaux très nul. C’était un truc genre “Les Femmes de Dracula” ou “Les Maîtresses de Dracula”, c’était un peu kitsch, donc bien marrant.

Est-ce que suite à “Braqueurs”, on t’a proposé un autre rôle ?

Pas encore, vu que le film [vient juste de sortir], mais j’ai fait un rôle dans le sud de la France. C’est un film avec Simon Abkarian et Scott Eastwood qui s’appelle Overdrive. Je suis le bras droit de Simon Abkarian, on est des gangsters, on vole des voitures de luxe, et on a une petite embrouille avec le fils de l’inspecteur Harry. C’est une comédie d’action produite par Pierre Morel [réalisateur de Taken, NdlR].

J’avais lu une interview de toi où tu disais « dans 5 ans je ne sais pas où je serais, car on ne sait jamais ». Jouer ça pourrait être une porte de sortie « classe » ?

Ah ça c’est clair, il n’y a rien de plus classe que le cinéma ! Si un jour je suis accepté dans le 7e Art, je m’en serais bien sorti. Ma maman serait fière !

 

Braqueurs Bande-annonce VF

 Propos recueillis à Beaune le 2 avril par Corentin Palanchini

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